Autodesk va-t-il tuer Dassault Systèmes ?

J’ai décidé d’écrire cet article suite à l’annonce faite par Carl BASS d’Autodesk de fournir gratuitement ses logiciels à plus de 680 million d’étudiants et enseignants dans 800 000 écoles sur 188 pays. Mon souhait est de relater mon (insignifiante) expérience en tant que manager de FABlab.

Tout à commencé par l’annonce de Dassault Systèmes l’été dernier

Pour ceux qui ne seraient pas au courant, Dassault Systèmes a fait une annonce à la fab foundation, annonçant la mise à disposition de licences de Solidworks pour les FABlab de la Fab Foundation. Je sais que techniquement nous ne sommes pas encore un VRAI FABlab avec plus de 100 000 euros de matériel, des locaux à plein temps etc., mais je m’y emplois, de toutes les façons possibles. J’ai tout de même fait une demande à Dassault Systèmes pour des licences pour le LAB, vu que nous donnons des cours pour apprendre à modéliser en 3D et que Solidworks est une sérieuse référence dans le domaine. J’ai parfaitement conscience qu’avec notre vingtaine d’adhérents (pour l’instant ;)), nous sommes tout petit et insignifiants. Certes. Néanmoins, c’est le manque de vision de Dassault Systèmes, entreprise française, qui m’a, je l’avoue, un peu énervé.

A l’heure où tous les fournisseurs de logiciels passent au Cloud et rendent leurs suites logicielles accessibles à tous (Adobe avec sa creative suite, Autodesk avec Fusion 360 etc.), Dassault système est toujours cramponné à un système de licence prohibitif.

La proposition de Dassault Systèmes

L’annonce faite à la FAB Foundation prévoyait une licence gratuite de SolidWorks Premium par FABlab. Etant donné que nous ne sommes pas techniquement un VRAI Fablab, nous n’y avons pas droit, c’est vrai. Mais je suis naif et qui ne tente rien n’a rien! J’ai été très bien accueilli par Dassault, ils ont été très gentils, et lorsque j’ai fait part de l’annonce faite à la FAB Foundation, ils se sont renseignés. Ils sont revenus vers moi avec une « offre exceptionnelle » réservée aux chercheurs à 3000€ la licence. A cette époque Fusion 360 (qui fait bien moins de choses que Solidworks, mais qui couvre pas mal de nos besoins) était à 48€ TTC /mois (396 € TTC /an) pour une licence. J’ai fait remarquer que pour un FABlab, même pour un vrai, avec des revenus etc., 3000 euros une licence était une somme colossale. J’ai fait valoir que ce que nous faisions était bénévole. Qu’on donne de notre temps pour essayer d’aider les autres, pour les aider à fabriquer, réparer des choses, développer des idées, pour essayer de donner envie. J’ai argumenté que si on forme des gens (surtout des jeunes) à leurs logiciels, c’était aussi potentiellement leurs clients de demain. C’était à prendre ou à laisser. J’ai laissé. Sketchup et Blender ne sont pas si mal pour faire la plupart de nos projets. Ils sont surtout gratuits.

La proposition d’Autodesk

Comme je suis un naif fini, j’ai aussi demandé à Autodesk si je pouvais avoir une licence de Fusion 360 (je n’ai pas osé pour Inventor). J’ai eu une licence pour tous leurs logiciels pour 3 ans. Eh oui, Autodesk considère les FABlab (même petits, même les pas encore vrais FABlab) comme des établissements d’enseignement. J’ai même eu l’audace (ou l’inconscience) de demander si il était possible d’avoir des licences pour nos adhérents. On m’a gentiment dit qu’il fallait attendre encore un petit peu. Avec l’annonce du 1er décembre, je comprends mieux.

La conclusion

Pour notre FABlab, pour TOUS les FABlab c’est du bonheur en perspective. On va avoir les même logiciels que « les grands », on va pouvoir expérimenter de nouvelles choses qui étaient hors de notre portée (comme l’analyse Nastran de nos constructions etc.) et qui sait ce qui découlera de tout ça ? Certainement des projets plus complexes, plus fiables, mieux réalisés, avec une meilleure qualité. Même au seins de petits FABlabs comme le notre. Pour les jeunes qui sont dans notre LAB, je me dit que c’est une chance formidable de pouvoir s’amuser, faire des projets avec des logiciels qui seront leurs outils de travail demain. Leur maîtrise n’en sera que plus grande.

Pour Solidworks, je m’inquiéterais un peu si j’étais à leur place. Je pense qu’il va falloir se bouger un peu et revoir leur politique commerciale. Mais il faut aller vite parce que le retard est là. Sinon des générations de scientifiques et d’ingénieurs seront formés sous Autodesk, pas Dassault systèmes.

Au delà de cette petite histoire de licences un peu mesquine, est-ce que beaucoup d’opportunités ne sont pas souvent manquées en France, par manque de vision, de confiance? Si la France souhaite reconquérir ses industries, favoriser les métiers scientifiques, avoir plus d’ingénieurs (surtout chez les filles), il faut faire les choses autrement. Il faut commencer par le bas de la « pyramide ». Il faut être accessible à tous. L’investissement peut en valoir la chandelle.

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